Campagne des Européennes avec le DIE LINKE à Besançon

Un semaine chargée vient de se terminer. On se souviendra d’un moment important dans cette campagne du Front de Gauche dans l’EST : la venue de nos camarades de Die Linke à Besançon le 15 mai.

Les échanges avec nos deux invités (Richard Pitterlé Die Linke et Jean Marie Drobisz PCF) et le public furent d’une grande qualité avec en conclusion Gabriel Amard Tête de liste du Grand Est pour le Front de Gauche.

L’introduction de Richard Pitterlé député du Die Linke au Bundestag 

« Mesdames, Messieurs, chers camarades,

J’aimerais d’abord vous transmettre les salutations chaleureuses du groupe parlementaire “Die Linke”, ainsi que du bureau exécutif “Die Linke” du Bade-Wurtemberg.

On m’avait demandé si j’étais prête à intervenir ici, à Besançon. Et c’est sans hésitation que j’ai répondu : Oui. Car j’avais rencontré deux semaines auparavant, lors d’une réunion publique à Sindelfingen, la directrice de Marx ESPACE, Elisabeth Gauthier, originaire de Corbeilles-Essonne, précisément la ville avec laquelle nous sommes jumelés. Et j’avais trouvé cet échange entre forces de gauche en Europe d’une grande importance.

En des termes différant un peu de l’affiche, le thème de la rencontre de ce soir est : “Le modèle allemand est-il un exemple pour la France ?”.

On dit bien souvent que l’Allemagne est la locomotive de l’Europe, car elle a fait des “réformes”. Et les médias, ainsi que les sociaux-démocrates allemands, enjoignent Hollande à engager ces mêmes réformes.

Ces exhortations sont  font systématiquement en référence à l’Agenda 2010, qui aurait soi-disant rendu l’Allemagne compétitive, et il est indéniable que l’économie allemande a éliminé la concurrence des autres pays dans un grand nombre de secteurs. Mais à quel prix et qui en fait les frais ?

L’Agenda 2010 a créé le plus grand secteur  de bas salaires et a vidé les caisses de l’Etat. Les inégalités entre riches et pauvres se sont accrues comme jamais dans l’histoire de la République Fédérale.

L’agenda 2010, inventé par un chancelier social-démocrate (Gerard Schröder), et porté par une coalition SPD-Grünen, a réussi à rétablir la dite compétitivité de l’Allemagne, par des mesures touchant au droit social, au droit du travail, ou encore à la fiscalité. J’aimerais citer quelques-unes de ces mesures :

– La durée des allocations chômages fut raccourcie, passant de 24 mois à 12 mois

– Les aides sociales et les aides aux chômeurs ont été fusionnées, devenant la dite “couverture de base pour les chercheurs d’emploi”, ou plus simplement “alloc-Hartz-IV” – soit 391€.

– Le bénéficiaire de cette prestation ne doit pas posséder  de patrimoine ; dans le cas contraire, celui-ci est déduit de la prestation en fonction de l’âge de l’allocataire, un seuil plancher ne pouvant être dépassé.

– La reconnaissance de qualification fut supprimée : elle permettait au demandeur d’emploi de refuser un emploi sous-qualifié. Par exemple, un ingénieur à qui on aurait proposé un emploi de balayeur.

– On a obligé les demandeurs d’emploi à accepter n’importe quel travail, même mal payé ou sous-qualifié ; en cas de refus, de sévères sanctions étaient prévues, notamment la diminution des allocations.

– Die Linke a vivement critiqué cette loi : Hartz IV, c’est la pauvreté imposée par la loi.

– L’âge légal de départ à la retraite a été porté de 65 à 67 ans, avec les voix de tous les partis sauf Die Linke. Au final, cela a conduit à une baisse des pensions.

Ces mesures en matière de droit social s’accompagnent de mesures en matière de droit du travail :

– La protection contre les licenciements a été affaiblie. Jusqu’ici, tous les travailleurs des entreprises de plus de 5 salariés bénéficiaient d’une loi de protection contre les licenciements. Après la “réforme”, cela ne concerne plus que les entreprises de plus de 10 salariés. Ainsi, ce sont plusieurs millions d’employés qui ne bénéficiaient plus de cette protection.

– On a donné le droit aux employeurs d’embaucher en CDD, même sans motif. Ainsi, les CDI sont devenus l’exception pour les travailleurs entrant sur le marché du travail.

– Le travail intérimaire s’est étendu, par la suppression des paragraphes qui limitaient le travail intérimaire à 6 mois. Aujourd’hui, toute limite a été supprimée, de sorte que, dans de nombreuses entreprises, un tiers du personnel est composé d’intérimaires. D’où une moindre capacité du personnel à lutter, car les intérimaires ne font pas grève, espérant obtenir un jour un contrat de travail stable.

– Les grandes entreprises automobiles précarisent également les conditions de travail, à travers les contrats d’entreprise.

Toutes ces mesures de l’Agenda 2010 ont largement  contribué à créer  un immense secteur de main d’œuvre précaire et bon marché. Il a renforcé la compétitivité de l’Allemagne, puisque le salaire net a diminué en conséquence. La balance commerciale de l’Allemagne est positive, ses excédents correspondants aux pertes de ses voisins.

A ceci se sont ajoutées des allègements d’impôt pour les plus riches et pour les entreprises, au prix d’une moindre capacité d’action des pouvoirs publics.

La tranche supérieure d’impôt sur le revenu, qui est restée autour de 53% pendant le long mandat du chancelier CDU Helmut KOHL, a été abaissée à 42%. Les impôts sur les sociétés par action sont passés de 45% à 25%, puis même à 15%. Rien d’étonnant, donc, à ce que 80% de l’impôt provienne désormais de l’impôt sur le revenu et des taxes à la consommation, tandis que 20% seulement proviennent des impôts sur les sociétés par actions.

Cette politique d’impôt sur le revenu, l’abandon de l’impôt sur la fortune et d’ impôt approprié sur les succession ont accéléré la redistribution des revenus, des plus pauvres vers les plus riches.

Je cite le Frankfurter Rundschau du 26 février 2014 :

“ Dans aucun pays de la zone-euro, l’écart entre riches et pauvres n’est aussi grand qu’en Allemagne. Comme le montre une étude de l’Institut allemand de recherche économique, un cinquième de la population ne possède absolument aucun patrimoine. Quant aux 1% les plus riches, ils possèdent au moins 800 000 euros, en biens mobiliers, en actions, en assurance-vie, ou autres valeurs en volume. Pour les 10% les plus riches, ces revenus se montent à 217 000 euros.”

Est-ce là un modèle pour la France ? Ceux qui vous préconisent ce genre de modèle ont égaré quelques neurones en cours de route. Et tous leurs discours sur les “réformes” ne sont que de la poudre aux yeux. Autrefois, lorsqu’on parlait de réformes, on améliorait les conditions de vie. Aujourd’hui, quand les dominants annoncent des réformes, tous les travailleurs savent qu’ils vont être ponctionnés.

Je ne peux que vous inviter à ne pas suivre le chemin pris par l’Allemagne ; car la compétition pour les plus bas salaires ne peut que nous entraîner dans une spirale descendante sans fin. En tant que parti de gauche, nous revendiquons la hausse des salaires pour le commun des travailleurs, l’abolition des conditions précaires de travail, et l’instauration d’un salaire minimum de 10 euro l’heure.

Puisqu’il est question des élections européennes : quelle est la position de Die Linke sur l’Europe ? J’ai un avis personnel sur la question, qui tient au fait que j’ai grandi en Tchécoslovaquie, mon pays natal. C’est-à-dire dans un pays qui, dans son histoire, a beaucoup souffert de l’hégémonie de l’Allemagne. C’est la raison pour laquelle je trouve bon que l’Allemagne soit intégrée dans à l’Union Européenne, et contrainte par les traités européens à chercher des compromis avec ses voisins. On a même enlevé à l’Allemagne la possibilité de déterminer la politique monétaire de sa banque centrale. Et l’Allemagne ne pèse que pour 17% sur les décisions concernant la Banque Centrale Européenne.  Les autres pays peuvent mettre l’Allemagne en minorité. Maintenant, beaucoup viendront dire que l’Allemagne règne sur l’Europe grâce à l’UE. Imaginons un instant que l’UE n’existe pas. Qui ferait la pluie et le beau temps en Europe ? Je pense que la question mérite réflexion.

Mais il y a encore une bonne raison pour moi de rester attachée l’UE, malgré toutes les critiques quant à sa construction. Les entreprises et les grandes banques agissent à l’échelle européenne. La régulation de leurs activités à l’échelle nationale n’est pas possible. Raison pour laquelle il faut une institution à l’échelle européenne, qui établisse des limites et des règles. Cette institution est le terrain sur lequel se joue la lutte des classes. Nous combattons pour ne pas laisser l’Europe aux entreprises et aux banques; nous voulons l’Europe sociale et pacifique. C’est un combat qui mérite d’être mené. Combattons ensemble pour plus de démocratie et de droits sociaux, pour une taxe sur les millionnaires à l’échelle européenne qui permette de redresser le budget de tous les pays, contre les politiques d’austérité qui plongent des millions d’êtres humains dans la pauvreté, et nous exposent aux marchands de canons.

Vive la solidarité internationale! »

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Le 25 mai, avec le Front de Gauche pour rompre et refonder l’Europe !

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